Le Legal Design c’est quoi?

Avez vous déjà signé des Conditions Générales de Vente sans prendre le temps de les lire?

J’imagine que oui ( les Conditions Générales c’est long et c’est écrit en tout petit, on y voit rien). Je vous rassure, vous n’êtes pas les seuls puisque 97% des CGV/CGU sont signées à l’aveugle ( Source Deloitte 2017 pour les 18-34 ans).

On ne les lit pas et c’est toujours quand tout se passe mal que LA fameuse disposition allant en notre défaveur refait surface…

Cette situation pourrait pourtant être évitée grâce au Legal Design.

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Dans l’article Amorcer un changement avec les 7 habitudes de Stephen R. Covey, j’ai déjà abordé ce qui, je pense, a fait ma réussite lors de ma dernière année de faculté : le tandem de révision et surtout la réalisation de fiches sous forme de schémas.

Comme beaucoup, j’ai été une inconditionnelle des fiches bristol et des surligneurs, armes de choix de nombreux étudiants en droit. Un jour, j’en ai eu marre de recopier mon cours parfois mots pour mots. Je me suis installée dans une sorte de lassitude et cette démarche de « fichage compulsif » à progressivement perdu tout son sens.

Au fil du temps, j’ai réalisé que cette technique manquait vraiment d’efficacité : réaliser une fiche de ce type est un travail long et fastidieux. On recopie le cours, on note ce qui nous parait important sans réelle stratégie.

On retient des choses certes, mais on doit très souvent revenir dessus et les informations essentielles sont parfois noyées…au final, on s’y perd ! Avec le recul, le ratio temps passé/efficacité n’est pas du tout au rendez-vous!

J’ai alors changé de méthode et opté progressivement pour un système plus global et visuel : pas de dessins à cette époque, seulement des schémas simples, basiques (vous avez la référence ou pas ?).

Il s’agissait généralement d’une idée ou d’un concept inscrit(e) au centre d’une feuille A4, prise dans le sens de la largeur. De cette notion découlait des branches intégrant de nouveaux concepts en lien avec l’idée principale.

 Les définitions étaient bien mises en évidence grâce à une présentation colorée. Je me rappelle avoir pris beaucoup plus de plaisir à travailler sur ces nouvelles fiches. Je pense que cette nouvelle manière d’aborder les choses a largement contribué à mon succès.

Quelques années plus tard, j’ai découvert la lecture rapide et l’existence d’outils/techniques de synthétisation et de pensée visuelle comme le webbing, le mindmapping et le sketchnoting.

Trop de « ing » ,vous êtes largués ? Pas de panique, de nouveaux articles arrivent bientôt! 😉

Depuis, je m’intéresse à ces disciplines avec la volonté d’acquérir à terme, une vraie maitrise de celles ci. Je ne suis donc pas (encore) experte de ces techniques mais j’aimerais dés à présent et à mon échelle, les partager au plus grand nombre.

Récemment, ma soif de découvertes et mon envie d’apprendre m’ont portées jusqu’au Legal Design dont nous allons définir les contours aujourd’hui.

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Vous connaissez le Design Thinking?

Le Design Thinking ( ou Design UX) a été défini pour la première fois en 1980 par Rolf Faste avant d’être véritablement théorisé dans les années 90 au sein d’IDEO.

IDEO est une agence de Design américaine créée en 1991 de la fusion de trois entreprises dont celle de Monsieur David Kelley ( imaginez le 30 ans en arrière par contre!).

Les fondateurs d’IDEO sont connus pour avoir conçu un certain nombre de produits qui ont marqué l’histoire du Design. Parmi eux, on compte le premier ordinateur avec écran qui se referme sur le clavier ou encore la première souris Apple.

IDEO s’est aussi faite remarquée pour avoir mis en place des méthodologies de travail atypiques au sein de l’entreprise. On les regroupent sous le nom de Design Thinking.

En 2004, David fonde avec quelques potes, le Hasso Plattner Institute of Design (plus connu sous le nom de d.school), l’école de Design de l’Université de Stanford, aux Etats Unis, où il enseigne ces méthodologies.

La définition du Design Thinking

Tim Brown, le Directeur Général d’IDEO définit le Design Thinking comme « une discipline qui utilise la sensibilité, les outils et méthodes des designers pour permettre à des équipes multidisciplinaires d’innover en mettant en correspondance attentes des utilisateurs, faisabilité et viabilité économique. »

Plus concrètement, le Design peut se définir comme la conception d’un objet, afin que son utilisation soit la plus adaptée à ses fonctions. L’objet doit donc être le plus en phase possible avec son utilisateur.

Le Design Thinking est une méthode de gestion de l’innovation qui permet de mener à bien un projet de manière créative et efficace.

Les maitres mots de cette méthode sont : créativité, collaboration et expérimentation. Elle pousse au passage à l’action et permet d’éviter d’organiser de multiples réunions improductives et interminables qui ne contribuent pas à l’avancée du projet.

La d.school définit un process en cinq étapes qu’on va retrouver aussi en Legal Design:

Phase 1 : L’empathie

Lors de cette première étape on va se mettre en empathie avec l’utilisateur pour savoir ce qu’il pense, ressent, fait ou dit. Ces échanges vont permettre d’identifier l’utilisateur persona ( = l’utilisateur type, notre cible) et comprendre les problématiques qu’il peut rencontrer.

Phase 2 : La Définition du problème

Lors de cette étape on fait le bilan de l’étape précédente et on cadre le problème. On va définir une question à laquelle on va devoir répondre à la fin du processus.

La question devra adopter le modèle suivant :

« Comment pourrait-on : pour rester positif et ouvert

+ verbe d’action: pour amener vers une action afin d’améliorer les choses

pour qui….: notre utilisateur persona/ notre cible

dans le but de quoi? » : pour garder l’objectif en tête et ne pas se disperser

Phase 3 : L’idéation

Cette phase est la plus créative. On rassemble toutes ses idées sans limite au moyen d’outils comme le brainstorming ou des wireframes ( sortes d’esquisses).

Phase 4 : Le prototypage

Lors de cette phase on se lance et on réaliser un prototype testable sur le court terme. Ici, il faudra veiller à des choses comme :

  • Comment traiter l’information?
  • Pour quel visuel opter?

Phase 5 : Le Test

Cette phase permet d’avoir le retour de vraies personnes sur le projet ( idéalement celui des utilisateurs interrogés initialement). Cela permettra de l’affiner par la suite, si besoin.

Bien sûr, le process n’est pas figé, à l’issue de la phase de test, on reviendra sur les étapes précédentes. Une navigation entre les différentes étapes se fera alors naturellement dans le but d’améliorer la solution.

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Le Legal Design : Le Design Thinking appliqué à la matière juridique

Le Legal Design correspond simplement à l’application du processus détaillé plus haut à la matière juridique. L’objectif sera alors de rendre le droit plus intelligible et clair pour ses utilisateurs ( les clients d’un cabinet d’avocats, les clients/ fournisseurs d’une entreprise ou les opérationnels en interne par exemple).

Le rapprochement entre le Design et le Droit a été initiée par la designer Candy Chang en 1999 à New York qui a crée une infographie afin de faire connaître leurs droits aux vendeurs ambulants de la ville.

C’est en 2014 que le Legal Design est théorisé par Margaret Hagan à l’université de Stanford, autour de quelques principes simples pour créer des documents juridiques utiles, faciles à utiliser et engageants.

Depuis lors, Stanford développe le Legal Design au sein du Legal Design Lab, porteur de projets innovants comme par exemple la création d’une application permettant aux consommateurs de mieux comprendre les politiques de confidentialité des sites internet.

Bien implanté dans les pays anglo-saxons, le Legal Design émerge progressivement en France. Même si cette matière doit encore être démocratisée, il est désormais possible d’avoir recours à des agence spécialisées et de se former individuellement ( pensez à votre CPF!) ou collectivement dans votre entreprise.

Une démarche contre-intuitive nécessaire

Cette démarche « centrée sur l’utilisateur » est un peu contre-intuitive pour les juristes qui ont plutôt l’habitude de partir de la règle de droit. C’est elle qui va nous permettre de trouver une solution qu’on va finalement délivrer aux utilisateurs.

Pourtant, cette manière de penser le droit autrement parait nécessaire quand on pense par exemple que :

  • Les contrats sont le plus souvent rédigés par des juristes et seront appliqués par des non juristes
  • Il est important de s’assurer que les Conditions générales de Ventes ou d’Achats on bien été lues et comprises par le Client ou le Fournisseurs avant d’être signées en toute connaissance de cause

Disposer d’un document synthétique, clair, lisible et attrayant peut permettre de vraiment gagner en efficacité et changer l’image d’inaccessibilité et de complexité que peut avoir le droit au quotidien.

Voici une magnifique application du Legal Design en matière contractuelle :

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Finalement :

Le Legal Design c’est :

  • Rédiger des documents de manière claire, percutante et accessible
  • Transformer sa pratique juridique pour concevoir des outils innovants afin de faciliter la vie des utilisateurs.
  • Permettre a un service juridique de mieux faire comprendre les enjeux légaux rencontrés par la Société à l’ensemble des collaborateurs non juristes

Le Legal Design ce n’est pas  :

  • Rendre le droit simpliste 
  • Uniquement utiliser des pictogrammes et faire de jolis tableaux 

Les objectifs du Legal Design sont multiples :

  • Rendre le droit plus accessible et clair en replaçant les utilisateurs et leurs besoins au centre d’un projet
  • Trouver facilement des infos, les lire et les comprendre rapidement
  • Mémoriser mieux 
  • Insister sur les actions à mener pour atteindre un objectif 

Les bénéfices du Legal Design pour les juristes :

  • Sécuriser la vie d’un contrat
  • Permettre une meilleure compréhension et adhésion aux projets globaux de mise en conformité, dans l’intérêt de l’entreprise
  • Dépasser la dimension individuelle et mettre en place des outils pratiques et transversaux,  utilisables par tous. 
  • Gagner du temps et de l’efficacité 
  • Mieux collaborer avec les fonctions opérationnelles 
  • Mieux convaincre 
  • Valoriser le travail du Service Juridique en gagnant en visibilité et en facilitant la prise de décision 

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Doit-on investir pour se lancer?

Il n’est pas nécessaire d’investir beaucoup pour se lancer. On peut déjà faire de très jolies choses sur un logiciel comme Canva ou même sur PowerPoint. Il est également possible de se lancer dans du contenu vidéo via des logiciels gratuits ou peu onéreux comme Explee ou Powtoon 🙂

A titre d’exemple, voici une vidéo sur laquelle j’ai pu travailler dans le cadre de ma récente recherche d’emploi, c’est une bonne manière de se démarquer! 🎯

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Pour aller plus loin vous trouverez sous ce lien, le reportage qui a fait connaitre le Design Thinking avec, en prime, une application concrète de cette méthode de gestion de l’innovation sur un caddie de supermarché.

Cliquez ici pour entrer dans le Legal Design Lab de Stanford!

Inspirez vous et Lancez vous! 😀

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