Faire une thèse en droit, pourquoi pas ? C’est justement le projet dans lequel je me suis lancée à l’issue de mon Master II. Bien que stimulante intellectuellement, la rédaction d’une thèse est un projet d’envergure. Faire face aux baisses de motivation et à la solitude n’est pas toujours évident. J’ai tenu deux ans avant de décider d’arrêter et de me lancer pleinement dans la vie professionnelle. Dans cet article, je souhaitais revenir sur cette expérience. C’est l’occasion de te partager les raisons qui m’ont amenées à commencer ce travail mais aussi celles qui m’ont poussées à y mettre fin. Je souhaitais également agrémenter mon propos de quelques conseils pour les futurs doctorants et ceux qui hésitent encore à se lancer. Si c’est ton cas, lis la suite pour en savoir plus !
Faire une thèse en droit : pourquoi ce choix ?
Dans le cadre de mon Master II en droit maritime et des transports j’ai eu l’occasion de travailler sur un sujet d’actualité, à l’époque : la réforme du droit des transports maritimes en Allemagne. J’ai aimé traiter de ce sujet qui m’a permis de rencontrer une députée allemande très engagée dans l’élaboration du nouveau projet de loi. J’ai eu alors envie de poursuivre dans cette voie en commençant un projet de thèse en droit maritime comparé franco-allemand. La perspective de voyager en Allemagne me plaisait beaucoup car c’est un pays que j’affectionne particulièrement.
Enfin, je ne me sentais pas prête à entrer dans le monde professionnel et cela me laissait un peu de temps pour clarifier mon projet. Mis à part ma difficulté à me projeter sur le long terme, la thèse semblait taillée pour moi qui aimait tout particulièrement lire, rédiger et réfléchir sur des sujets abstraits.
La thèse en droit : Un travail stimulant sur le court terme
Pendant les six premiers mois, je me rendais régulièrement à la bibliothèque universitaire pour faire des recherches et réfléchir à mon sujet. Nous étions un petit groupe de doctorants à nous retrouver régulièrement pour travailler ensemble. J’étais enchantée par l’immensité de la tâche. C’était un terrain de jeu magnifique. Je ressentais chaque jour beaucoup de joie à dénicher des articles juridiques pointus et à lire le travail d’autres thésards. J’avais pour objectif (ambitieux) de trouver une problématique et un plan digne de ce nom en deux ans et il n’y avait pas de temps à perdre.
Le sentiment de solitude du doctorant en droit
Avec le temps, j’ai commencé à me sentir très seule, comme écrasée par l’ampleur du travail à accomplir. Je rencontrais des difficultés à m’organiser au quotidien. Livrée à moi-même, encadrée par un directeur de thèse quasi absent, il devenait difficile de poursuivre ce travail. Heureusement, je me rendais plusieurs fois par semaine à des entraînements de boxe thaï qui me permettraient de garder une hygiène de vie convenable et de me maintenir en forme.
La difficulté face au refus de cotutelle de thèse et à l’absence de financement
Le premier anniversaire de mon inscription en thèse approchant, j’ai commencé à réfléchir à des solutions pour me sortir de cette spirale. Je savais que je devrais me rendre prochainement en Allemagne pour effectuer des recherches. J’ai donc eu l’idée de mettre en place une cotutelle. Je suis alors entrée en contact avec un éminent professeur de l’Université d’Hambourg qui fût emballé par le projet. Malheureusement, la démarche s’est arrêtée nette dans le bureau de mon directeur de thèse. A mon grand désespoir, il ne souhaitait manifestement pas interagir avec ses collègues d’outre-Rhin.
J’ai ravalé ma fierté et continué ce projet seule tout en réfléchissant à des solutions pour financer mes futurs voyages. Je ne souhaitais pas animer de travaux dirigés à l’époque. J’ai donc entrepris des démarches pour trouver des financements. Là encore, sans succès.
La remise en question suite au refus de mon plan de thèse
J’avais la chance de disposer de l’aide financière de mes parents mais je ne pouvais plus continuer comme cela. Dans l’impasse, j’ai présenté une problématique et un plan à mon directeur de thèse. Ma production fût très mal accueillie. Malgré tout le travail accompli, la problématique était mal choisie et le plan ne démontrait rien. Découragée, j’ai pensé changer de sujet et repartir à zéro. Puis j’ai commencé à questionner mon objectif à travers ce travail. Devenir professeure en fac, avocate ?
La perte de sens en doctorat et le besoin de concret
Un an est passé et j’ai commencé à ressentir une perte de sens profonde dans mon travail. Je trouvais mon sujet trop abstrait et peu utile. J’avais besoin de concret, de parler avec des gens. J’ai alors décidé de rechercher un stage en cabinet d’avocats pour y voir plus clair. J’ai effectué deux stages (peu rémunérés). Le soir et le weekend, je continuais mon travail de thèse. Ces deux expériences d’environ six mois (au total) ont été très positives. Je ressentais à nouveau le sentiment d’utilité qui me manquait depuis des semaines.
La thèse en droit : une transition en douceur vers le monde pro
Ces deux stages ont été très importants pour moi. Ils m’ont conforté dans cette voie et m’ont donné la force de me lancer dans le monde pro qui me faisait si peur. Je me suis donc résignée à arrêter ma thèse qui n’avançait plus et à rechercher un emploi. Place au CV, aux lettres de motivation et aux entretiens d’embauches. Malheureusement, je me suis cassé les dents sur ces deux ans “d’inactivité”. Je ne parvenais pas à valoriser ce projet de thèse avorté et à présenter les choses de manière positive aux recruteurs. De fil en aiguille, j’ai appris à le faire et on m’a donné ma chance.
Mes conseils aux futurs doctorants en droit
Tu hésites à te lancer dans une thèse ? Ne te mets pas de barrières, fonce ! En revanche, je te conseille de choisir ton sujet avec grand soin. Trouve une thèse CIFRE (financée par une entreprise). Les opportunités sont peu nombreuses en droit mais on ne sait jamais. Sinon, choisis un sujet stratégique, avec des implications juridiques et opérationnelles concrètes. Entoure toi bien et veille à financer ta thèse convenablement. Enfin, je te recommande de garder une bonne hygiène de vie et de clarifier ton projet bien en amont. Si tu ne souhaites pas devenir professeur, un travail sur un sujet concret sera plus facilement valorisable par la suite.
Si tu as aimé cet article je t’invite à lire celui-ci dans lequel je te raconte mes études de droit en Allemagne. Abonne-toi aussi à juriste Junior pour ne rien rater des prochaines publications.
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