Je voudrais te parler de la routine.
Du train-train quotidien qui épuise et qui donne envie d’exil.
Mais pas trop loin.
***
Parce que la routine ça rassure, ça berce.
Mais ça endort, un peu.
Parfois.
Lundi.
Talons, chignon, tailleur, veston.
Mon armure est ajustée pour affronter la journée.
Il fait froid, je marche vite.
Un SDF me hèle.
Mais je ne le vois même pas.
Cotte de maille, casque et bouclier.
Protégée comme jamais, je descends quatre à quatre des marches du métro.
Mardi.
Le trafic est perturbé.
Dans les bas fonds de Paris, je cours.
Mon casque vissé sur les oreilles, Sia fait son entrée sur scène.
L’espace d’un instant j’imagine sa vie.
La bas en Amérique, elle doit dormir à cette heure ci.
Bien au chaud dans sa vie de rêve.
Elle prépare surement sa tournée.
Unstoppable.
Mercredi.
En ce qui me concerne, je suis coincée.
Entre un cabot et la valise de Gwendal.
Je le connais pas mais c’est marqué sur l’étiquette de son paquetage.
C’est pratique.
Je peux lui dire de le pousser.
Le chien, quant à lui, s’étale et ne comprend pas mon malaise.
J’éternue.
Il sursaute.
Sa maitresse part au quart de tour :
Madame, c’est un terrier de Boston.
Il a 12 ans
Faut pas le brusquer, Prosper.
Vous comprenez ?
Pas vraiment, mais je me résigne.
Au fond, on a l’Amérique qu’on mérite.
Jeudi.
Sachez le.
Prosper reste un être sensible soumis au régime des biens.
Et paf!
On est jeudi.
La vieille est déjà loin.
Abonnée aux réparties à retardement je tente de me consoler.
Je dévore à la va-vite la fin de mon croissant.
Sans lâcher mon bouclier.
En apnée, les yeux rivés sur l’écran j’oublie les coups de coudes.
Les crasses et les coups de sac des gens pressés.
Stressés.
Vendredi.
Compactée dans ce Tetris grandeur nature, je lève la tête.
Je regarde les gens.
Sur ma droite, une femme fait ses courses chez COS
Entre deux Tik Tok, j’ai un flash.
Je me vois en miroir et je reste sans voix
Celle de Sia s’est tue.
Le panier de la dame est plein.
Le mien va bientôt exploser si on ne fait rien.
***
Et si je brisais la routine ?
Soudain, la porte s’ouvre sur La Défense.
Plus le temps d’y penser, je suis arrivée.
Enfin.
[ à suivre…]
***

