Droit et éloquence au cinéma

« C’est bien d’écrire mais parler c’est mieux : quand tu parles et que les gens t’écoutent t’as l’impression que tu peux tout faire! »

Yohann 19 ans

J’ai étudié un an et demi en Bavière dans le cadre de mon Master II en Droit européen. J’aimerais vous parler aujourd’hui de combien j’ai été frappée par la différence de conception des études de droit entre la France et l’Allemagne.

Un professeur nous avait d’ailleurs sorti une magnifique punchline dont je me rappelle encore aujourd’hui : « En France c’est « mit schreiben » , littéralement  » écrire avec » le prof et en Allemagne c’est « mit denken » , littéralement  » penser avec » le professeur ». Nous sommes tous restés très silencieux. En même temps, que voulez vous répondre à ça? 😆

C’est vrai qu’en France, le professeur se pose (dans la plupart des cas) en détenteur du Savoir ( avec un grand S) et de la vérité ULTIME (vous au fond, que faites vous dans mon cours, sortez donc vos affaires, copiez c’est important!). Inutile de préciser qu’a l’époque ( jadis!), j’étais dans la catégorie des gens qui copiait TOOOUT, mot pour mot , très vite ( et au stylo, s’il vous plait).

Le dialogue étudiants/ professeurs est souvent quasi-inexistant. Heureusement, il est tout à fait possible de poser toutes ses questions en TD mais est-ce suffisant finalement?

En Allemagne, pas de dissertation, pas de commentaire d’arrêt. Uniquement des cas pratiques. Les cours magistraux sont plus dynamiques et ne sont pas perçus comme indispensables. J’ai déjà entendu un professeur allemand nous affirmer avec assurance, je cite :  » vous savez, vous pouvez retrouver la même chose dans les livres… »

Du coup, les étudiants viennent en amphi selon leurs besoins, s’ils ont des questions sur le cours du jour. Généralement, ils ont déjà pu en prendre connaissance au préalable aux moyens de polycopiés déposés en ligne par le prof ou en consultant des livres spécialisés.

Un dialogue s’installe alors entre le professeur et les étudiants qui se lancent dans des démonstrations et réflexions juridiques plus ou moins poussées (sous le regard étonné du groupe d’une douzaine de français présents dans la salle).

Je pense que les approches françaises et allemandes se complètent bien et je suis ravie d’avoir pu bénéficier de ces deux types d’enseignements. En attendant, une chose est sûre : L’approche très théorique  » à la française » ne prépare pas vraiment aux réalités du monde professionnel. Elle n’encourage pas non plus à la prise de parole en public. C’est pourtant une compétence importante à développer qu’il faudrait valoriser un peu plus.

La prise de parole est un risque. L’orateur n’a pas de gomme. Comme le dit Rokhaya Diallo dans son livre  » Ne reste pas à ta place », « c’est ce risque qui construit les bons orateurs ». Elle nous partage ensuite une mise en perspective avec les Etats Unis, où l’art oratoire est encouragé.

Pensez à votre série préférée : il y a toujours un gars sorti de nulle part qui d’un coup, prononce « LE discours qui va retourner l’assistance tenue en haleine par un suspens insupportable ».

Malheureusement, la peur de l’échec et du jugement peuvent vite prendre le dessus. Alors, on se tait et on se convainc qu’au fond, c’est mieux! ( ça sent le vécu vous ne trouvez pas?)

Pourtant, Maître Bertrand Beauvois, brillant Avocat pénaliste pourra vous le confirmer: bien plaidoyer ça peut VRAIMENT faire la différence – et apporter quelques (petits) tracas parfois mais ce n’est pas le sujet du jour!

J’aimerais aussi vous dire aujourd’hui que bien s’exprimer, être présent, captiver, séduire son auditoire et le convaincre, ça s’apprend. C’est tout à fait normal de ne pas y arriver du premier coup.

Tout au long de votre cursus étudiant, vous aurez l’opportunité de vous inscrire à des concours de plaidoiries. Essentiellement destinés aux étudiants en droit, en sciences politiques, aux étudiants en Ecole de commerce ou encore aux futurs avocats, ces concours peuvent représenter une belle opportunité pour apprendre et se challenger! C’est un bon exercice, vraiment formateur et pleinement valorisable sur un CV alors foncez!

En attendant ou si vous êtes un peu timides ( comme moi), je vous invite vraiment au visionnage des trois films que je vais vous présenter aujourd’hui ( + un bonus avec La Fille de Monaco qui n’est pas le film du siècle croyez moi…).

Chacun à leur manière, ils traitent de l’éloquence et de combien il est important la développer au quotidien.

J’espère qu’ils pourront vous (re)motiver et vous inspirer ! 🙂

***

Sur le site officiel d’Eloquencia, on peut lire qu’il s’agit d’un « programme éducatif d’intérêt général qui permet à la jeunesse de s’exprimer librement et de gagner confiance en soi à travers notamment des parcours et des concours de prise de parole en public. 

Présents à travers la France, des collèges aux universités, les programmes s’appuient sur une pédagogie unique “Porter sa voix” qui permet le développement personnel par un travail spécifique sur les savoir-être, l’intelligence émotionnelle et l’intelligence sociale ».

Chaque année à l’Université de Saint-Denis se déroule donc le concours Eloquentia » qui vise à élire le meilleur orateur du 93 .

Dans A Voix Haute : La Force de la Parole ( réalisé par Ladj Ly et Stéphane de Freitas ), on suit un groupe étudiants issus de tout cursus qui décident de participer et de se préparer au concours avec l’aide de professionnels (avocats, slameurs, metteurs en scène…).

J’ai beaucoup aimé suivre les progrès de ces jeunes au fil des mois. Ils suivent un enseignement riche, bienveillant, exigent tout en restant ludique. On passe un bon moment et avec eux.

Pour résumer, A voix haute c’est du rire, de l’émotion, la force et la cohésion d’un Groupe mais aussi une multitude de questionnements.

Dès sa première intervention, Bertrand Périer, avocat et enseignant français spécialiste de l’art oratoire, entre directement dans le vif du sujet en poussant les participants à s’interroger sur leur propre rapport à la parole.

En ce qui me concerne, parler en public m’a toujours paru un peu difficile. La plupart du temps, le manque de confiance ou la peur de ne pas  » être assez » me tiraillent. Alors, je me prépare (un peu, beaucoup, passionnément..) parce qu’on sait jamais!

Avec le temps, j’arrive mieux à gérer de telles situations . Quand je me sens engloutir par le tourbillon de la préparation, je me rappelle deux choses :

Tu ne peux pas être parfaite car la perfection n’existe pas. Tu es là pour faire de ton mieux et progresser.

Malgré tout c’est évident: je préfère écrire! Pour moi c’est plus pratique pour organiser mon esprit vif et encombré. Dans un cerveau bouillonnant comme le mien, les idées s’organisent mieux à l’écrit. A l’oral j’ai parfois l’impression que les mots, dans l’urgence, se précipitent vers la sortie dans la confusion la plus totale!

Point de précipitation en matière de rhétorique : bien parler, c’est aussi savoir bien placer ses silences!

Après avoir revisionné ce film avant de vous en parler ici, j’ai pris conscience une nouvelle fois de la puissance de la parole. Il faut garder à ‘esprit qu’une bonne expression orale passe aussi par un travail de posture et un effort conscient pour poser sa voix.

***

Dans Le Brio (réalisé par Yvan Attal), tout commence dans un grand amphi de la fac de droit d’Assas à Paris.

Le professeur Pierre Mazard (Daniel Auteuil), qui est un réac pontifiant connu pour ses provocations et ses dérapages, donne cours à des élèves de première année. Neïla (Camélia Jordana) est étudiante, elle arrive avec cinq minutes de retard. Elle vient de Créteil, elle est en survêtement et elle veut devenir avocate.

Mazard, trop content d’avoir trouvé une victime idéale, l’humilie en public. Malheureusement pour lui, cette situation provoque un tollé et tout a été filmé. Il est alors convoqué par Doyen de la faculté qui le menace évidemment du Conseil de discipline.

Pour échapper à la sanction, il doit s’engager à préparer Neïla au Concours d’éloquence inter-universités qui aura lieu dans quelques mois. Sans qu’elle ne se doute de rien, Mazard arrive à la convaincre. Elle accepte alors de participer avec l’aide ( tout sauf bienveillante) de son professeur.

On suit alors sa préparation au fil des mois et l’évolution de la relation entre ces deux personnages à la personnalité bien affirmée.

Les cours de Pierre Mazard s’appuient sur L’art d’avoir toujours raison qui est sûrement l’œuvre la plus connue du philosophe allemand Arthur Schopenhauer qui traite de l’art de la controverse.

Vous l’aurez compris, la vérité on s’en fout, ce qui compte c’est avoir raison!

Pour cela, il suffit de suivre les 37 stratagèmes développés par Monsieur Schopenhauer en apprenant par exemple comment forcer l’adversaire à l’exagération ou encore en découvrant comment cacher son jeu de la meilleure des manières.

Malgré un petit coté cliché, on passe un bon moment avec ce film. En plus, les longs métrages dont l’action prend place au cœur d’une fac de droit sont rares.

Ce film permet de se familiariser avec les principe mis en évidence dans L’art d’avoir toujours raison. On peut y glaner des conseils très utiles. On y aborde aussi des thèmes intéressants comme ceux de l’apprentissage, de la transmission et de l’impact qu’un professeur peut parfois avoir dans une vie d’élève, parfois même des années plus tard.

***

Le dernier film que je souhaitais vous présenter est Banlieusards réalisé par Kery James et Leïla Sy.

Dans ce film qui est beaucoup plus sombre que les deux précédents on suit la famille Traoré. La mère de famille élève seule ses trois fils. Il y a d’abord Demba, l’aîné. C’est un délinquant récidiviste qui vit au rythme du trafic et de la rue.

Le petit dernier de la fratrie, Noumouké, 15 ans l’admire et souhaite lui ressembler.

Souleyman, est quant à lui élève avocat à Paris qui réussit brillamment ses études. Il compte bien exceller au concours d’éloquence de la Petite Conférence auquel il a souhaité participer.

Ce concours est destiné aux Avocats en formation est organisé par une association qui rassemble chaque année douze avocats élus par leurs pairs pour assurer la défense pénale d’urgence dans des affaires jugées sensibles.

C’est là que Souleyman va croiser le chemin de Lisa, une fille brillante avec qui il va devoir débattre la responsabilité de l’État dans la situation actuelle des banlieues en France.

J’aime le rap depuis très jeune et tout particulièrement le rap français. C’est l’art de faire sonner les mots qui m’intéresse dans cette musique porteuse de messages forts. C’est bien d’une forme de poésie dont il s’agit pour moi.

J’étais donc très intéressée de découvrir ce long métrage porté par Kery James, un rappeur que j’apprécie tout particulièrement. Je n’ai pas été déçue. C’est un film vraiment prenant qui dépeint des personnages complexes avec justesse.

Pour les initiés, quel plaisir de voir Souleyman rapper un bref instant sur Lettre à la République, un des titres les plus marquants de la carrière de Kery James!

Restez jusqu’au bout, la joute oratoire finale est magnifique! Et si vous êtes attentifs, vous pourrez apprécier la petite apparition de Bertrand Perier( notre expert en art oratoire du premier film!)

Je termine avec cette citation ( oui ça me fait plaisir!) :  » ça sert à rien de faire du rap pour rien raconter. Parce que le petit de 8 ans, le petit de 12 ans, il va t’écouter mais tu vas rien lui apporter. Et on sait aujourd’hui que je rap ça peut apporter quelque chose » – Mélanie Georgiades alias Diam’s – 1999

Quelques jours après avoir revisionné ces trois films qui insistaient sur l’importance de la posture, de la diction et sur l’art du silence bien placé, j’ai fait un petit test.

Ne souhaitant pas déranger mes collègues en réunion à coté de moi, j’ai changé ma manière de m’exprimer au téléphone pour opter pour une attitude plus posée. Le flot de mes pensées a ralenti aussi ( miracle!) ce qui n’a pas échappé à mon collègue qui s’est aussitôt exclamé : « Dis donc, ça change t’es plus posée, ça fait Juriste! » 😄

Comme quoi ça marche!

🍿 En vous souhaitant un excellent visionnage…

et revenez me dire ce que vous en avez pensé ! 🍿

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